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  • loizemarechal

Des pilules qui passent mal.

Cet article est un billet d’opinion. Bien sûr, j’ai fait des recherches pour étayer mon point, mais avant tout, cet article a pour vocation d’exprimer mon avis.


Depuis quelques temps, mon conjoint et moi essayons d’avoir notre premier enfant. Depuis que je suis dans ce processus, je lis. Non pas juste en science pure, mais aussi sur ce que vivent les personnes dans le même parcours que nous. Des êtres humains qui cherchent à comprendre pourquoi ils n’arrivent pas à faire ce qui pour d’autres personnes semble si simple et instinctif. Des personnes qui cherchent à grappiller un minimum de contrôle où elles peuvent, dans ce grand processus où l’on doit accepter d’être patient.e et de se faire rabâcher à longueur de temps de « ne pas y penser » parce que « la cousine de ma voisine est tombée enceinte quand elle a arrêté d’y penser et qu’elle a commencé la méditation ». Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu…


Une des choses que j’ai vu le plus passer sur les forums, blogs et autres réseaux sociaux de personnes en mal d’enfant, ce sont des astuces pour « booster » sa fertilité. Je parle ici de médecines douces, de pierres d’énergie, mais surtout de compléments alimentaires. Ces produits sont souvent discutés par le bouche-à-oreille, mais aussi vendus pignons sur rue par des compagnies parapharmaceutiques qui en font même parfois une spécialité.

Une partie de ces produits sont plutôt innocents, même si bien sûr, il ne faut pas en abuser car le poison est dans la dose, selon Paracelse (même si depuis les perturbateurs endocriniens lui ont donné tort). Citons par exemple l’huile d’onagre, le jus d’ananas ou de raisin pour améliorer son endomètre ou sa glaire fertile. Les infusions de feuilles de framboisier, d’ortie ou de persil pour faire venir des règles qui tardent lorsque le couperet du test de grossesse négatif est tombé. Ce ne sont que quelques exemples dans cet univers infini. Ces tentatives de phytothérapie maison restent relativement confidentielles et inoffensives. Au moins, personne ne vend du jus d’ananas à 15 fois son prix en l’étiquetant « élixir d’endomètre fertile, améliore votre matrice à 150% ».


J’ai moi-même été parfois tentée d’y succomber dans un désir de trouver un petit peu de contrôle dans un processus définitivement plus grand que nous. Un besoin de se rapprocher de mère-nature, du savoir ancestral des vieilles sages, définitivement une recherche de ritualité, de sororité. D’après ce que j’ai pu chercher, l’efficacité d’aucun de ces « trucs » n’a été vérifiée. Cela étant, il reste possible que la science ne s’y soit pas intéressé. Une absence de preuve n’est pas une preuve d’absence [d’effet positif].


En revanche, la catégorie de produits qui me fait dresser le poil sur les jambes, ce sont les produits vendus en tant qu’aides à la fertilité. Les fameux « boosters ». Vitamines, oligoéléments, lubrifiants soi-disant inoffensifs pour les spermatozoïdes, mais en fait bourrés de perturbateurs endocriniens, les tablettes des pharmacies (et aussi internet) en regorgent. Autant on sait se méfier des pilules miracles pour faire pousser les seins (à base de poivre) ou les cheveux (à base de cassis), autant ici on est dans un cadre parfait pour que des gens en mal d’enfant en achètent en pensant mettre toutes les chances de leur côté. Pourtant, ce sont les mêmes procédés.


Je vais vous coller ici la liste des ingrédients de deux de ces produits que j’ai le plus souvent croisés dans les témoignages de personnes en conception d’enfant.

Premier produit :myo-inositol, maltodextrine (édulcorant, épaississant), vitamine C (acide ascorbique), arôme naturel fruits rouges, vitamine E (acétate de tocopherol), arôme naturel fruits des bois bio et cerise, vitamine B9 (calcium L-5-Methyltetrahydrofolate) : acide folique, citrate de zinc, vitamine B3 (nicotinamide), B5 (pantohenate de calcium), B12 (cobalamine), B6 (chlorhydrate de pyridoxine), B1 (chlorhydrate de thiamine), B2 (riboflavine), édulcorant : sucralose, vitamine B9 (acide folique), iodure de potassium, sélénite de sodium, vitamine B8 (biotine).


Second produit : myo-inositol, maltodextrine¸ régulateur d'acidité : acide citrique, antiagglomérant : phosphate de calcium, sulfate de zinc, antiagglomérant : sels de magnésium d'acides gras, cholécalciférol (vitamine D), acide [6S]- 5- méthyltétrahydrofolique sous forme de sel de glucosamine (acide folique, Quatrefolic®), iodure de potassium (iode), sélénite de sodium (sélénium).


On remarque déjà que beaucoup de ces deux produits sont presque identiques en termes de composition. En fait, tout ceci ressemble pas mal à une longue liste de vitamines et d’édulcorants que l’on trouverait dans n’importe quel pot de multi-vitamines dont l’utilité n’est pas prouvée si vous avez un mode de vie et une alimentation équilibrée. Sans les juger néfastes, il faut tout de même faire attention aux dosages pour ne pas dépasser les quantités journalières nécessaires. Ça serait inutile dans le meilleur des cas (l’excès de vitamine C est uriné par exemple), mais aussi dangereux (risques accrus de fractures en cas d’excès de vitamine A chez les femmes ménopausées par exemple). Le Pharmachien a fait un dossier super là-dessus, allez voir !


Notons la présence, dans les deux exemples, de myo-inositol. Cette molécule appartenant à la famille des sucres a été associée à des effets bénéfiques pour les personnes souffrant du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK ou PCOS en Anglais). Cependant, les bénéfices sont plus qu’incertains. De plus, le myo-inositol est abondant dans notre nourriture et notre corps en fabrique également beaucoup. Ainsi, les carences sont extrêmement rares. Y’a-t-il donc un bénéfice à l’inclure dans des vitamines conceptionnelles ou est-ce un coup de marketing qui surfe sur des études scientifiques depuis contredites ?


L’acide folique, lui, est un indispensable pour une femme en début de grossesse et donc en « essai bébé ». Lui, on le garde, et on peut l’acheter seul. Mais tout le reste ? et les mélanges qui n’en contiennent même pas mais dont le marketing vous fait culpabiliser de ne pas les acheter ?


Car oui, le marketing est derrière tout cela. Ces mélanges de vitamines plutôt classiques et à l’utilité encore discutée sont vendus dans des emballages, souvent genrés, vantant des bienfaits précis pour la fertilité et surtout à des prix défiants toute concurrence! Récemment je me suis fait moi-même prescrire ce genre de produit : 100$ le pot de vitamines pour un mois ! Et même chose pour mon conjoint. 2 400$ par an pour nous deux. Je suis encore scotchée par cette prescription de mon médecin. A la hauteur de quelle bourse ? je vous le demande ! De personnes qui souffrent, j’en suis persuadée. Des personnes qui font confiance aux emballages, aux mots scientifiques qu’on leur sert sur une belle étiquette rose ou bleue avec une femme enceinte ou un homme musclé en boxer. Encore de la culpabilité en conserve !


La science, la pharmacologie permet des choses formidables qui sauvent des gens tous les jours. Mais son opacité, parfois volontaire permet à des gens de se faire de l’argent sur le dos de la souffrance d’autrui en offrant un bouclier de papier mâché pour nous défendre contre un monstre qu’ils créé eux-mêmes. Des pilules pour passer le temps, des pilules pour combler le vide et vider notre portefeuille. Des pilules qui passent mal.

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