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  • loizemarechal

P.O.A.S, l'histoire du test de grossesse moderne.

Pee On A Stick, "pisser sur un bâton".


Une des premières expressions anglophones que j’ai rencontré sur internet lorsque je me suis intéressée aux personnes qui essayent de concevoir un enfant. P.O.A.S désigne le fait d’utiliser un test de grossesse urinaire en forme de bâtonnet, ceux que l’on trouve dans les pharmacies, sur internet ou même dans les magasins à 1$ (la marque des vraies ! comme dirait une de mes bonnes amies).


Six à dix jours après l’ovulation, l’embryon éventuellement créé va s’implanter dans la muqueuse utérine et commencer à émettre de l’Hormone Chorionique Gonadotrope humaine β, ou bHCG. Son rôle est de prévenir le corps qu’une grossesse est en route. En effet, avant cela, le corps n’en a aucune idée et le cycle menstruel continue son petit bout de chemin. Sans présence de bHCG, les Anglais débarquent* environ 14 jours après l’ovulation, et avec eux, c’est la muqueuse utérine qui s’en va. Heureusement donc que notre embryon sait signaler sa présence !


C’est la bHCG, retrouvée dans l’urine, qui est détectée par les tests de grossesse que l’on connait. Et si aujourd’hui il existe des tests capables de détecter une grossesse jusqu’à 6 jours avant la floraison des coquelicots*, cela n’a pas toujours été le cas. Il n’y a pas si longtemps (on parle en termes de décennies, pas de siècles !), la meilleure façon de savoir si l’on était enceinte, c’était de voir passer les mois sans voir passer Tante Flo*. C’est au milieu des années 70 que les tests de grossesses urinaires sont commercialisés grâce à la découverte des anticorps monoclonaux. C’est en effet un anticorps coloré, dirigé contre la bHCG qui permet au test urinaire d’afficher une petite bande lorsque l’hormone est détectée. Mais avant leur invention et commercialisation, d’autres méthodes existaient, basées sur un principe similaire.


Entre autres, on urinait sur une grenouille.


Bon, j’exagère à peine. Plus précisément, on envoyait un échantillon d’urine au laboratoire, et après concentration, cette urine était injectée à une grenouille africaine de laboratoire, la Xénope. Si la grenouille pondait des œufs 12h après l’injection, le test était positif et la personne était enceinte. La raison derrière cela est simple : la bHCG est très proche de l’hormone lutéinisante, ou LH, responsable du déclenchement de l’ovulation. Chez certaines espèces animales, l’injection de bHCG déclenche l’ovulation, et donc la ponte d’œufs chez les grenouilles Xénopes. Ce test était fréquemment employé dans les années 40-50 et portait le nom de test de Hogben, d’après son inventeur. Il était décrit comme simple à réaliser et précis à 98%. D’autres animaux avaient précédemment été employés de la même façon (souris, lapins), mais les grenouilles étaient jugées plus pratiques car plus faciles à entretenir, plus propres. L’observation de la ponte rapide des œufs étaient aussi plus simple que la recherche d’une ovulation interne 24 à 96h après chez les lapins ou les souris.


Si les grenouilles se transforment en âme sœur par un simple baiser dans les contes, les Xénopes et leurs petits œufs ont aussi, à une époque, permis de changer des vies.


* Toutes ces expressions désignent les menstruations


Références :

Cole, L. A. (2010). Biological functions of hCG and hCG-related molecules. Reproductive Biology and Endocrinology, 8(1), 1-14.

Polack, S. S. (1949). The xenopus pregnancy test. Canadian Medical Association Journal, 60(2), 159.

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